Allaitement et jugements

allaitement non écourté

Noa a 2 ans et 3 mois. Il est allaité à la demande depuis 2 ans et 3 mois.
J’ai allaité Naïa 3 jours, à la maternité. Elle a ensuite été biberonnée au lait artificiel. Je pense donc avoir la légitimité de parler d’allaitement sans qu’on m’accuse de faire culpabiliser les mamans.

Point culpabilité

La fameuse guerre entre les mamans qui choisissent le biberon contre celles qui choisissent le sein existe depuis bien longtemps. Celles qui allaitent sont taxées de « mères parfaites » ou de « vaches à lait », et n’ont surtout pas le droit ni de vanter les bienfaits du lait maternel, ni de dire que d’un point de vue totalement objectif, c’est quand même le plus adapté à un bébé humain.

Qu’on se le dise, la culpabilité n’existe que pour la personne qui la ressent, et elle n’est là que si on n’est pas en accord avec ses choix. Je connais plusieurs mamans qui n’ont pas allaité, par choix éclairé, et qui ne culpabilisent pas une seconde puisqu’elles sont à l’aise avec leur choix. Par ailleurs, je pense qu’il y a 2 façons de réagir face à une personne qui a fait des choix qu’on aurait aimé faire : soit on est dans le déni et la colère, auquel cas on accuse la personne de nous faire culpabiliser, soit on s’inspire de son expérience, de ses connaissances pour se dire qu’on pourra faire mieux la prochaine fois, avec les bonnes informations.

allaiter un bambin

Allaiter : ton choix et l’avis des autres

Maintenant que cette parenthèse (ô combien nécessaire) est refermée, on peut entrer dans le vif du sujet.
Faire le choix d’allaiter, c’est s’exposer aux remarques, avis et jugements de tous – alors même qu’on ne le demande pas.

Les premiers mois, disons les 6 premiers mois, ça passe encore. Même si on subit régulièrement des incitations à passer au lait artificiel : à la maternité quand la montée de lait tarde un peu à venir, tu as besoin de temps libre, il ne fait pas « ses nuits » (les nôtres en fait), tu n’as pas assez de lait/trop de lait, ton lait n’est pas assez nourrissant, ton bébé te prend pour sa tétine, tu vas en faire un dépendant…

Après 6 mois commencent à arriver les phrases du genre « ah, tu allaites encore ? », « tu comptes arrêter quand ? ». Et après la première année, je n’en parle pas !
Il y a une sorte de légende entretenue selon laquelle après 6 mois, un bébé n’a plus BESOIN du sein de sa mère. Par contre, biberon et tétine sont bien sûr tolérés, et même normaux.

Parmi les choses communément admises, on retrouve les fameux « c’est bizarre, c’est malsain », encore plus quand le bébé devient bambin et peut se « servir » tout seul : en quoi boire le lait de sa mère est-il plus bizarre que de boire celui d’une autre espèce ? Pourquoi trouver ça malsain quand je fabrique naturellement et gratuitement la composition exacte dont il a besoin, au moment où il en a besoin ?
A titre d’information, le lait maternel est vivant, contrairement au lait en poudre. Un veau est censé prendre plus de 200kg la première année : le lait de sa mère est donc prévu pour lui, pas pour un humain. Le lait maternel change de composition tout au long de la tétée (d’abord composé essentiellement d’eau sucrée, il s’enrichit peu à peu pour devenir bien gras en fin de tétée), mais également au fur et à mesure des mois qui passent : le lait qu’on produit pour un bébé de 2 mois n’est pas le même que pour un bébé de 9 mois etc.

allaiter jusqu'au sevrage naturel

Mon allaitement « long »

Aujourd’hui, après 27 mois d’allaitement, je suis dans la catégorie des allaitements « longs ». Je préfère le terme d’allaitement non écourté : un enfant connaît le sevrage naturel (sans qu’on ne l’y force) entre 2 ans et demi et 6 à 7 ans. Donc allaiter 2 ans, c’est loin d’être long !

J’allaite. Pas encore, pas toujours, juste j’allaite.
Je trouve ça fou les gens qui se permettent de juger parce qu’ils sont ignorants / ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. On t’invente des histoires de manque de lait, de lait pas nourrissant et même de lait qui peut tourner en pleine chaleur. On a peur de ne pas avoir le contrôle sur la quantité ingérée, et l’allaitement est TOUJOURS la cause toute trouvée dès qu’on aborde un problème (sommeil, diversification, besoins intenses…).

Je fais beaucoup d’efforts pour parler de façon diplomatique, sans froisser personne, j’explique, alors que je suis constamment agressée sur MES choix. Un enfant avec un biberon/une tétine jusqu’à 4, 5, 6 ans ne choque pas : pourquoi un morceau de plastique artificiel choque moins qu’un sein ? Ca dérange qui ?

Je remarque aussi une sorte de « mouvement des mères libres » : il faut impérativement un bébé indépendant, qui s’endort seul, peut être gardé par tout le monde, pas habitué aux bras/à être porté, et évidemment pas allaité, comme si la vie après bébé ne devait pas changer. C’est un choix de vie bien différent du mien, que j’ai du mal à comprendre puisqu’à mon sens, un bébé n’a connu que la chaleur de sa mère pendant 9 mois, et j’ai mal pour la brutalité de cette séparation.
Je pense que l’arrivée d’un bébé change la vie, aussi bien par le bonheur qu’elle apporte, que par la difficulté de changer tout son mode de vie. Mais ça ne dure que quelques temps, et accepter que sa vie va changer est, je crois, déjà une première étape pour se faciliter la vie future !

allaitement maternel

Infos en vrac et ressources

On peut rencontrer des tas de tracas pendant l’allaitement (mais ce n’est pas une obligation !) : mastite, crevasse, engorgement, douleurs, REF, bébé qui ne prend pas assez de poids (attention, les courbes du carnet de santé sont basées sur un bébé au lait artificiel, un bébé allaité prend du poids moins vite, fiez vous à la courbe de l’OMS)…

Le mieux est de s’informer pendant la grossesse (pour se préparer et ne pas paniquer), de regarder des vidéos très complètes comme celles d’A Pas de Moa, et d’avoir en tête le contact d’une consultante en lactation certifiée IBCLC (malheureusement, la plupart des professionnels de santé, y compris en maternité, ne sont pas formés à l’allaitement maternel).

2 Commentaires

  1. Je trouve ton article très sincère et sans jugement. Je n’ai aucun regret d’avoir allaité ma fille que deux mois. Mais si c etait aujourdhui que je devenais maman j aurais persévéré parce que mieux renseigné et j aurais fait face plus « facilement » a ces crevasses qui ne se soignaient pas. J aurais fait differement surement. Mais putin quel plaisir ces deux mois. J ai fait les choses a ma sauce, je tirais mon lait et jamais de confusion entre le bib, la tetine et mon sein. Et la tonne de lait que j’avais. Ses reveils nocturnes tout contre moi a se rendormir au sein. Et non elle n est pas devenu une petite fille collé a maman, bien ai contraire cette proximité la rassuré et en a fait devenir une petite fille ac le juste de confiance en elle. J avais fait du stock au congele du coup elle bu mon lait un peu plus que deux mois. Merci pour cet article. Le reve serait que personne ne se juge et surtout que le lobby du lait se casse la gueule. On aura beau dire mais le lait maternel c est bien ce qu il y a de mieux pour nos bebes. Encore merci pour ce bel article.

    1. Merci pour ce super témoignage ! Le manque d’information est malheureusement l’une des plus grandes causes de non allaitement ou d’allaitement écourté 🙁 Bravo à toi pour cette si belle expérience

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