Education bienveillante : je fais comment au quotidien ?

Depuis quelques temps, on voit circuler beaucoup d’articles et d’études sur les bienfaits de « l’éducation positive ». En parallèle, beaucoup de parents se rebellent à grands coups de « n’importe quoi, vous allez en faire des enfants rois », et d’autres culpabilisent parce qu’il leur arrive de crier et de punir.
Dans cet article, je vais principalement m’adresser aux parents déjà convaincus par l’éducation bienveillante / non violente / positive, tout simplement parce que ça me parait être la seule vraie solution pour éduquer ses enfants, et que débattre de ça serait trop long. Ce sera peut-être l’objet d’un prochain billet 🙂

L’éducation bienveillante, c’est quoi (en bref) ?

C’est une façon d’éduquer ses enfants, de façon non violente (dans les gestes comme dans les mots), en respectant le fait que notre enfant ait sa personnalité, ses envies, ses choix.
On ne punit pas, on ne met pas au coin, on ne laisse pas pleurer et on ne met pas de fessées. On prévient, on explique, on montre, on accompagne, on apaise, on comprend.
On répond à ses besoins, on respecte son rythme, ses émotions, et on se rend disponible.

Est-ce que ça veut dire que je laisse mon enfant commander ?

Non, contrairement à ce que certains veulent bien laisser penser. L’idée, ce n’est pas de laisser l’enfant faire ce qu’il veut, mais de lui laisser le choix quand c’est possible, de lui faire comprendre pourquoi c’est non, plutôt que de dire non ou de punir.
Quand on veut aller vers une éducation positive donc, il faut aussi accepter de tout remettre en question: ce qu’on croyait, ce qu’on nous a dit, l’éducation qu’on a reçue, les idées reçues, les critiques de l’extérieur… Il faut aussi, à mon sens, être en accord avec ça dans son couple : c’est un investissement tellement important que si l’un des deux parents n’en voit pas l’intérêt, ça peut devenir une source de conflit, sans compter que l’enfant sera perdu.

La parentalité bienveillante, ok, mais il m’arrive de craquer, d’être fatigué(e) et impatient(e), de ne pas trouver d’autre solution que de le punir ou de lui mettre une fessée, de subir une pression trop forte pour l’assumer en public.
Alors au quotidien, comment je fais ?

La liste n’est ni dans l’ordre, ni exhaustive, n’hésitez pas à compléter en commentaire !

Avoir de l’empathie
Accueillir les émotions de son enfant, accepter qu’il soit en colère, triste ou heureux. L’aider à poser des mots sur ce qu’il ressent, et le laisser les exprimer à sa façon. Lui montrer qu’on est là pour le soutenir et l’accompagner dans ses émotions (oui, j’ai conscience que cette phrase fait très bobo, j’assume).

Accepter de n’être qu’un accompagnant pour son enfant
Ne pas essayer de le façonner à son image, ou de lui imposer ses goûts. Il a sa propre personnalité, et le but d’un parent est de lui donner les bonnes clés pour être un adulte épanoui.

Instaurer une relation de confiance
Si vous montrez à votre enfant qu’il peut vous faire confiance, parce que vous ne lui mentez pas, que vous ne l’humiliez pas, que vous respectez ses choix, il s’ouvrira davantage à vous. En plus de ça, un enfant qui fait confiance à ses parents est un enfant en qui on peut avoir confiance : il va nous parler librement, s’ouvrir à nous et ne pas nous cacher ce qu’il y a d’essentiel à partager. Pensez y au moment de l’adolescence 😉

Retrouver ses yeux d’enfants
Oser s’émerveiller et s’intéresser à ce qui l’impressionne, même si c’est une fleur et qu’on en a déjà vu mille fois. Pour lui c’est nouveau, c’est magique, essayons de ne pas lui donner une vision « blasée » de la vie. C’est vrai que c’est beau la nature, quand on y pense !

Ne pas se préoccuper du regard des autres
C’est très difficile, je l’avoue. Surtout un samedi après midi, pendant les soldes, dans un centre commercial.
Ok, situation extrême, mais vous voyez de quoi je parle: ces regards insistants qui attendent avec impatience la fessée qui ne vient pas. Tant pis pour ce qu’ils pensent, on est en train d’éduquer notre enfant. Ca prend du temps, ça fait du bruit, mais on fabrique les adultes de demain, et comment peut on mieux leur apprendre à gérer les situations qu’en les y confrontant ?

Accepter de faire des erreurs
Vous n’êtes pas un super héros, vous avez des failles. Vous avez des journées bien remplies, que vous travailliez ou pas, vous avez vos soucis d’adultes, vous avez vos envies, vos besoins, et parfois, bien sûr, vous craquez.
Vous criez, vous punissez, vous tapez peut-être.
L’idée, c’est d’arriver petit à petit à sentir quand on arrive à ce stade d’explosion pour s’isoler avant, et reprendre ses esprits. Quand ce n’est pas possible et que la fessée/la punition/les vilains mots sont sortis, prenez un moment pour en discuter, lui dire que vous avez été en colère, que vous n’auriez pas dû et que vous êtes désolé(e).

Oublier ce qu’on a toujours entendu
Il faut accepter de remettre en question les grandes théories d’éducation qu’on a toujours entendu. Les phrases cliché qui reviendront régulièrement à vous : tu vas en faire un enfant roi, c’est pas aux enfants de décider, il doit t’obéir, c’est lui qui fait la loi, tu ne te fais pas respecter…
Oui, il faut avoir la tête dure, y compris avec soi, même si on aura parfois tendance à se dire que quand même, il doit obéir cet enfant. Les vieilles habitudes sont bien ancrées !

Ne pas lui mentir
Dans l’idée de développer sa confiance
Parfois, pour éviter la « crise », on a envie d’utiliser le mensonge. Un petit mensonge de rien du tout: il n’y a plus de bonbons, le manège est fermé, ton vélo est cassé… Sauf que ça n’apprend rien à l’enfant : il n’a pas de frustration à gérer, et on lui donne un mauvais exemple. Si ses parents lui mentent, c’est qu’on peut le faire.

Réfléchir
Est ce que ça me parait logique ? Est-ce que cette phrase ne portait pas à confusion ? Est-ce qu’il est capable de comprendre ? Est-ce que je lui ai bien expliqué pourquoi ?
Parfois, ce n’est tout simplement pas logique : pourquoi la dernière fois on s’est arrêté acheter des bonbons, alors qu’aujourd’hui c’est non ? C’est normal qu’il se mette dans un état de grosse colère.

Ne pas avoir peur de dire pardon
Ce n’est pas un échec ni une preuve de faiblesse. C’est plutôt un bel exemple pour son enfant: lui montrer que nous aussi, on fait des erreurs, et qu’on est capable de présenter ses excuses quand on a mal agi. Le comportement de ses parents est le meilleur exemple pour un enfant.

Arrêter de voir en son enfant un monstre qui nous manipule
Si vous partez du principe que c’est un petit être sadique qui ne cherche qu’à vous faire disjoncter, essayez déjà de prendre du temps pour votre réflexion, car il sera impossible d’être bienveillant en pensant ça de lui.

Montrer ses émotions
Tout comme il faut s’excuser quand vous avez fait une erreur, n’ayez pas peur d’exprimer vos émotions. Dites lui : je suis en colère, je suis triste… De cette façon il prendra l’habitude de mettre des mots sur ses émotions aussi, et vous lui montrez que vous aussi, vous ressentez toutes ces choses.

Se renseigner 
Renseignez vous sur les étapes de développement de l’enfant plutôt que mettre des étiquettes angoissantes (terrible two, fucking four…). Je vous conseille en particulier de lire Isabelle Filliozat, Céline Alvarez, le blog Happynaiss ou encore Cool parents make happy kids.

Lâcher prise
Est-ce que c’est vraiment grave qu’il mange son yaourt avant le plat ? Est-ce que ça va changer la journée s’il met ce pull avec ce pantalon ? Est-ce que c’est dramatique si on prend les escaliers plutôt que l’ascenseur ?
Parfois, il exprime juste ses envies (qui ne sont pas des caprices, vous aussi vous avez bien des préférences, non ?) et le laisser faire ne changera pas le cours du monde.

Laisser faire seul
Il est capable de faire, laissez lui l’occasion de vous le montrer. Oui, il mettra peut être ses chaussures à l’envers, peut être que la tenue qu’il choisira ne sera pas jolie à votre goût, ou que le verre d’eau qu’il voulait se servir sera renversé.
S’il prend l’initiative d’essayer, c’est que son cerveau est prêt à le faire. En lui faisant confiance, vous lui dites « tu es capable », alors qu’il comprendra l’inverse si vous faites systématiquement à sa place.
Ca prend du temps, oui, mais c’est essentiel. Et quelle fierté dans ses yeux (et les vôtres) quand il réussit !

Faire confiance
Les jeux d’imitation font partie du quotidien de nos enfants. Ils aiment « faire comme si » et c’est même très sain, puisqu’ils impriment dans leurs cerveaux ce qu’ils ont vu.
Je vous conseille toutefois de les laisser faire avec de vrais objets, et non des factices : une assiette en plastique de dinette n’a pas de risque de casser, comment lui apprendre à faire attention ?
Dans un cadre sécurisé et sous votre haute surveillance évidemment, apprenez lui à se servir de l’eau, à couper un légume ou à l’éplucher avec un économe.

Ne pas tout voir comme des bêtises
Un enfant fait des expériences, il apprend. On lui a dit que s’il bouge encore trop près de la table, son verre va se renverser, mais est ce que c’est vrai ? On lui demande de ne pas toucher car c’est chaud, mais ça fait quoi si je touche ?
L’idée, c’est de se servir de ces expériences pour lui montrer, et assumer : il renverse, il nettoie.

Être vraiment là
Pas juste physiquement (souvent les « bêtises » sont faites pour attirer notre attention). C’est important pour lui de savoir qu’on est disponible pour le regarder, l’écouter, lui répondre. Oui, c’est difficile au quotidien (je travaille à la maison, je sais de quoi je parle), mais il vaut mieux lui proposer moins de temps de jeux, et être là à 100% pendant ce temps.

Accepter d’être son défouloir
Pas évident de s’en prendre une pleine tête quand on le retrouve après une journée de séparation, ou de devoir être en confrontation juste après le bisou des retrouvailles. Cependant, c’est sur ses parents qu’un enfant va passer toutes ses frustrations de la journée, pour la simple et bonne raison qu’il a (normalement) toute confiance en nous : il sait qu’il peut être exécrable, on l’aimera toujours et on ne l’abandonnera pas, contrairement à sa nounou/sa maîtresse ou autre. Cet amour inconditionnel qu’on lui porte lui permet d’être lui même et de tout « larguer ». Un peu comme quand, après une très mauvaise journée, on s’en prend à notre pauvre conjoint qui n’a rien demandé !

Ne pas tomber dans le laxisme
Le point le plus difficile à mon sens. Quand on commence à penser l’éducation autrement, sans punitions, sans fessées, avec des explications et de l’empathie, on peut parfois basculer dans le côté extrême du « je ne le contrarie pas ». Ce n’est pas ce vers quoi il faut aller. L’enfant se construit aussi avec des frustrations, il doit apprendre à les gérer.
Le principe de l’éducation bienveillante, c’est de les accompagner dans cette frustration (et dans ses émotions en général) plutôt que de l’isoler ou de fermer le dialogue.

 

Voilà donc quelques pistes pour une éducation plus positive au quotidien. C’est possible, gardez en tête 3 règles:
– Soyez bienveillant avec vous pour l’être correctement avec vos enfants
– Il n’est jamais trop tard pour remettre en question son modèle d’éducation
– Vous n’avez pas à être parfait(e): vous avez le droit de craquer, mais tout comme votre enfant, l’important c’est comment vous allez le gérer

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