Je ne te connaîtrai jamais

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous avez peut-être aperçu des photos de mes vacances … à l’hôpital.

Dimanche matin, on a pris la route direction l’Alpe d’Huez, pour passer Noël à la montagne, à défaut d’avoir de la neige. Après avoir bien mangé et posé nos affaires, on décide d’aller visiter la station et d’emmener notre poupette faire un peu de luge. Une fois en haut et quelques descentes plus tard, j’ai très mal au ventre.

alpe d'huez

En réalité, j’ai mal au ventre depuis le début de la semaine, mais pensant à une bonne constipation, je ne vais pas consulter. J’ai mal, à tel point que je ne suis pas certaine d’arriver à faire l’aller-retour en bus pour aller chercher ma douce chez la nounou.
J’arrive finalement à destination, et décide de me reposer le soir. La douleur passe.

Vendredi, prise de grosses douleurs (et pensant toujours à une constipation), je me décide à prendre un laxatif, qui, bien que très désagréable, aurait le mérite de me soulager pour de bon. Sauf qu’à part me brûler, il ne fait rien. La douleur persiste et je pense alors à une occlusion intestinale. Je me traîne jusqu’au canapé, et, ne supportant plus la douleur, tombe dans les pommes. Mon homme me prépare une bouillotte que je place sur mon ventre, ça me détend et je parviens à m’endormir.

Samedi, ça va. Le ventre est toujours douloureux et je ne peux pas le toucher, mais je n’ai plus cette douleur constante et insoutenable. Jusqu’à ce fameux dimanche après midi, sur les pistes, en regardant ma princesse s’éclater avec son papa sur la luge.
En rentrant au village, on passe devant un centre médical, je décide de m’y arrêter. Je suis honteuse et gênée de les déranger un dimanche alors que j’aurais pu consulter chez moi, un jour de semaine. Surtout pour qu’on me prescrive un laxatif…

Après de brèves explications de ma douleur, le médecin me fait passer dans un autre box, une salle gynéco. Elle m’examine et me dit qu’elle pense que je fais une GEU.
Une GEU, c’est une grossesse extra utérine: je suis enceinte, mais l’oeuf est resté coincé dans une des trompes de Fallope au lieu de descendre dans l’utérus. Je ne comprends pas tout, je pleure, je suis seule, j’apprends que j’attends un bébé mais qu’il va mourir.
Elle m’explique que c’est urgent et que je ne peux pas y aller en voiture, elle appelle une ambulance et je suis attendue à l’hôpital de Grenoble, le plus proche mais à plus d’une heure de route à cause des virages de montagne.
Je me tords de douleur, je reçois 2 doses de morphine qui me donnent la sensation d’être engourdie partout, sans pour autant calmer la douleur.
Après 1h15 de trajet dans une ambulance bruyante qui me crispe à chaque bosse, et de nombreux imprévus, j’arrive enfin à l’hôpital. Je suis prise en charge immédiatement et examinée par 4 personnes différentes. Après un test urinaire et une prise de sang, le verdict tombe: c’est bien une GEU.

GEU
Une dernière photo de mon ventre « Avant »

On me parle d’opération, d’anesthésie générale, de transfusion… Je suis dans le flou et la douleur s’intensifie, d’autant plus que je suis auscultée toutes les 5 minutes.
Pour faire bref, vers minuit, je suis conduite au bloc opératoire, on me pose le masque et on m’injecte le produit. L’interne me propose de me concentrer sur ma respiration, de visualiser le parc où je vais me promener avec ma fille. J’entends les Bip de mon rythme cardiaque, j’essaie de le maîtriser pour me calmer. Je sens petit à petit le produit qui fait effet, j’ai l’impression de ne plus arriver à respirer, comme si j’étais en apnée, mes oreilles bourdonnent très très fort, et puis plus rien.

Je me réveille environ 1h30 après, on m’a installée sous des draps chauds, avec un tube soufflant de l’air pour me réchauffer, tout le monde est aux petits soins, je me sens en confiance.
Je me réveille toutes les 5 minutes et au bout d’un moment j’ai très mal. On me remet alors une perfusion pour me calmer, et on m’emmène dans ma chambre.

perfusion

J’envoie régulièrement des sms et des photos à mon chéri, qui ne le montre pas mais s’inquiète pour moi.
Le médecin arrive et m’explique. Tout s’est bien passé, l’opération a duré une heure. Ils ont retiré l’oeuf mais aussi ma trompe gauche, qui était fissuré car l’oeuf avait déjà grandi.

GEU opération

Et là je réalise. J’étais enceinte, je portais un bébé qui était en vie en moi et qui a dû être aspiré par une machine quand on l’a sorti de son nid.
J’ai peur aussi. Peur pour une future grossesse, peur de refaire une GEU, une fausse couche. Peur de savoir que je suis enceinte et de perdre le bébé. Je comprends aussi que jamais plus je ne connaîtrai une grossesse simple comme ma première. Je réalise que j’ai eu 2 grossesses mais 1 bébé.
J’ai toujours eu peur d’une chose comme ça: pour ma fille, j’ai arrêté la pilule et 15 jours plus tard, j’étais enceinte, pour une grossesse parfaite. Voyant toutes ces femmes faisant des fausses couches, je me sentais privilégiée et en même temps je me disais que j’avais un risque de connaître ça également.

Je vous écris ces quelques lignes alors que j’ai accompli mon plus gros record de la journée: rester debout suffisamment longtemps pour faire une toilette de chat et me brosser les dents. Si on m’avait dit hier que je serais fière de ces gestes du quotidien.
Normalement je sors demain. J’ai besoin d’une perfusion de fer car je fais de l’anémie, j’ai besoin d’anti-douleurs car j’ai tellement mal que je connais la valeur de chacun des chiffres de l’échelle de 0 à 10. Mais j’ai tellement envie de retrouver ma bébé, mon homme, et profiter de ces vacances hors du commun en famille.

Je croise les doigts pour une prochaine grossesse aussi fort que je m’en veux de ne pas avoir su accueillir ce bébé correctement.

17 Commentaires

  1. Je t’embrasse fort fort fort.
    T’en veux pas, tu ne pouvais pas savoir <3

  2. Oh non c’était donc ça… je te soutiens très fort dans ce dur moment. Je te souhaite une très belle future grossesse

  3. ma vie de maman séverine wuillemier dit : Répondre

    oh 🙁
    tu ne pouvais pas savoir
    plein de gros bisous
    j’espère que tu vas vite sortir

  4. Je pense bien à toi.
    Comme le dit Julybabynosoucy tu ne pouvais pas savoir mais je comprends ton sentiment, j’ai le même au sujet de la naissance préma de ma grande. Prends soin de toi.

  5. Plein de courage et surtout essayé de passer de bonnes fêtes en famille même si cette année sera un peu plus dure moralement bisous à vous

  6. Plein de courage et de douceur… C’est terriblement injuste et douloureux mais vous aurez une prochaine grossesse, je vous le souhaite de tout cœur…

  7. Ne t’en veux, cela m’est arrivée l’année passée à la même période.
    Pour moi, cetait un œuf clair, je m’en suis voulue aussi et je ne comprend toujours pas comment on peut fabriquer « une coquille vide » .. J’étais tellement ravie d’être enceinte à nouveau et aussi rapidement (on avait eu quelques difficultés pour notre fille).
    J’ai eu la même réflexion que toi, je ne le connaîtrais jamais, ne verrais jamais à qui il ressemble …
    Ca a été difficile de passer par cette « étape » la, javais deja acheté quelques petites choses en plus …
    Ma fille m’a beaucoup aidé sans le savoir et m’a permis de tourner la page et de penser au prochain !
    Si tu as besoin de parler ou juste besoin d’être écoutée tu peux compter sur moi.

  8. Je pense très très fort à toi..tu ne dois pas t en vouloir ce n est pas de ta faute si tu n « as pas pu l accueillir ».. J ai pleuré en lisant ces lignes mais je suis sûre que tu auras de nouveau de tres bonnes et belles occasion de te rejouir.je t embrasse fort et t envoie plein d ondes positives pour t aider à traverser tout ça.

  9. Bonsoir Laurie.

    C’est fou car lors de tes dernières photos je pensais justement que étais enceinte.
    Ton visage avait changé.
    Plus le changement d’appart je me disais elle va nous annoncer une bonne nouvelle…
    J’ai tout de suite compris lorsque tu as parlé d’opération dans la nuit et la fiche repas service gynécologie a confirmé ma pensée malheureusement.

    Oh combien je te comprends j’ai vécu la même chose en 2007 après avoir eu deux enfants en 2004 et 2006.
    Un midi d’automne une forte douleur m’iradie le bas ventre.
    Une douleur étrange jamais ressenti.
    Quelques minutes plus tard la mm chose j’appelle mon mari en urgence pour me mener à l’hôpital.
    On pense à une appendicite.
    Après deux bonnes heures on me transfert aux urgences gynécologiques. Je n’y comprends rien…
    Arrivée là bas la gygy m’annonce que je suis enceinte.
    Mais non lui dis je.
    Je suis actuellement à la fin de mes menstrues qui en y repensant avait une couleur brune dès le début.
    Ça s’agite autour de moi.
    Mon homme est allé chercher notre grande à l’école pour la dépose avec la petite chez ma mère.
    Je me sens perdu sans lui…
    On me prend la tension toutes les 5min elle a 12.
    Direction l’écho le verdict tombe. Rien dans l’utérus.
    Reprise de la tension, elle est à 9.
    5min plus tard j’entends « elle est 6, direction le bloc !!!! »
    Mon mari arrive pile pour un bisou.
    Je me dis que c’est la fin je vais mourir, mes petites princesses vont se retrouver orphelines, mon mari veuf…
    Une tristesse indescriptible m’envahit. Je les aime tellement. Que seront ils sans moi…
    Le temps de réciter quelques prières et je fais défiler ma vie, ma famille, mes bonheurs…tous ça allait finir sur une table d’opération…
    Quelques instant plus tard une douce voix me réveille : « Mme S réveillez vous, tout s’est bien passé mais on a dû retirer votre trompe. Elle était en petits morceaux ».
    Je verse des larmes, les premières de joies d’être encore en vie. Je remercie le Seigneur de m’accorder encore des moments auprès des miens.
    Puis des larmes de tristesse pour ce bébé que je ne connaîtrai jamais.,ensuite pour mes futurs grossesses que j’appréhende déjà de ne pas pouvoir mener jusqu’au bout.
    La vie reprend doucement son court mais avec cette peur de revivre la mm chose à chaque fois que mon cycle arrive et la peur de ne plus pouvoir vivre une grossesse.
    Pratiquement un an jour pour jour j’apprends que je suis enceinte. 5ème grossesse, mais 3eme bébé car fc un mois avant de tomber enceinte de ma grande…
    Les début furent très stressant car j’avais peur qu’il ne soit pas l’utérus également.
    Tout se passe au mieux en plus c’est un petit garçon.
    2011 une petit princesse arrive. Je vis mon bonheur à deux mille pour cent.
    2013 je fais une chute, la douleur me fait oublier qu c’était la date supposée de mes règles.
    Je m’en souviens qu une semaine après, je file à la pharmacie pour un test il est plus.
    Je cours aux urgences pour vérifier que tout va bien surtout après la chute.
    On ne vous rien dans l’utérus. Je dois retourner à l’hôpital vérifier les bêta si ils doublent c’est que la grossesse se déroule normalement mais comme c’est encore tôt on a du mal à voir.
    Si le taux augmente mais lentement, signe de geu.
    Si le taux diminue signe de fausse couche.
    Je devais retourner tous les deux jours car en 3 semaines mon taux à doublé puis diminué ensuite augmenté faiblement finalement.
    Le verdict tombe encore une geu mais cette fois détectée à temps et on doit l’extraire (je n’aime vraiment pas se terme) par injection de methotrexate.
    Encore quelques visites à l’hôpital pour vérifier que  » tout s’est bien passé « …
    Je voudrai te rassurer et te dire que tu n’y pensera plus mais pour moi à chaque retard de règles j’angoisse.
    Ça fait parti de nous maintenant. Ça nous change à jamais et on apprend à vivre avec cette expérience avec ce manque de ce bébé qu’on ne connaîtra jamais.
    La vie est différente, surtout quand le médecin annonce que 5min de plus et tout était fini…
    Profitant au max de nos bonheurs.
    Désolée j’ai essayé de faire cours.
    Et cela m’a fais du bien de mettre des mots sur mon expérience à quelqu’un qui malheureusement est passé par là et qui me comprenne…
    Bon rétablissement.

  10. Bon courage a vous dans cette épreuve… En espérant que les fêtes de fins d’années vous donne un peu de baume au cœur. ☺

  11. Avant d’avoir mon fils j’ai eu deux GEU dont une avec salpingectomie. ( c’est comme ça qu’on m’a diagnostiqué mon endometriose) C’est difficile, cela laisse des cicatrices mais je t’assure que tu pourras retomber enceinte même avec une seule trompe. Je te souhaite de passer de bonnes fêtes en famille et de prendre bien soin de toi.
    Marine

  12. Bon sang!! Quel témoignage!
    Ne te blâme pas une GEU, ça ne se commande pas…
    Je te souhaite de passer ces fêtes de fin d’année le plus sereinement possible!
    Bon courage

  13. […] c’est aussi une sorte d’obligation pour moi de tourner la page, un moyen forcé de faire le deuil de ce bébé qui ne verra jamais le jour, et je n’aime pas ça. Je n’ai pas envie de le garder comme […]

  14. […] Il y a plus d’un an, on décidait qu’agrandir la famille serait une belle idée. Ma fille s’étant installée 15 jours après l’arrêt de ma pilule, je pensais que cette fois ci serait rapide également. Quatre mois plus tard, un petit oeuf venait se nicher en moi, mais je n’en savais rien. Je ne vous raconterai pas ça en détail, vous connaissez la suite, sinon je vous invite à lire cet article. […]

  15. […] réalité c’est grossesse 1 VS grossesse 3, mais la deuxième a été tellement rapide, et connue seulement l’espace de quelques heures, […]

  16. […] et puis ça ne me plait pas, ce serait comme si j’oubliais. Il y a un an, jour pour jour, j’allais apprendre que je portais un bébé, un bébé bien vivant, et qu’on devrait me l’enlever quelques heures plus tard car il […]

  17. […] est souvent plaqué du côté droit de mon ventre, mais il lui arrive de taper vers la gauche, pile là où j’ai été opérée de ma GEU, et ça, laissez moi vous dire que ça me fait sursauter […]

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