Le petit guide de l’allaitement maternel

Je reçois beaucoup de questions sur l’allaitement, probablement parce que j’ai choisi de le montrer au maximum. C’est ma façon à moi de le défendre, comme la chose la plus naturelle qui soit. Je m’étonne toujours que les personnes qui se disent choquées par la vue d’une mère nourrissant son bébé, ne le soient pas plus en regardant la télé…

Allaiter, c’est ce qu’on fait depuis toujours, c’est ce qui est toujours fait dans de nombreux pays, et pourtant, ce n’est pas évident. Si pour certaines, tout se passe bien et qu’elles n’ont pas à se poser de questions, pour la majorité des mamans, c’est une étape difficile qui, si on n’est pas bien armée et entourée, peut se transformer en un échec qu’on regrettera longtemps.
C’était mon cas, avec ma fille. J’en pleurais encore deux ans après sa naissance, pleine de colère envers moi qui n’avais pas su faire, et envers le personnel qui n’avait pas su m’accompagner.

A chaque message que je reçois, j’essaye de prendre le temps d’écouter, de répondre, d’apporter mon aide d’une façon ou d’une autre, parce que ça me tient vraiment à coeur. Dans cet article, je vais vous livrer ce qui, selon moi, est à savoir impérativement si on souhaite allaiter.

Faire téter bébé dans ses premières minutes de vie

Ca faisait partie de mon projet de naissance, car je sais à quel point c’est important. L’instinct du bébé qui vient de naître est très puissant, ce qui lui permet de téter dès ses premières minutes de vie – encore plus d’ailleurs avec un accouchement naturel (sans péridurale), puisque le bébé n’a pas reçu d’anesthésiant qui aura tendance à l’endormir.
Saviez vous d’ailleurs que l’aréole devient plus foncée pendant la grossesse pour que bébé puisse mieux la voir, et que son odeur est proche de celle du liquide amniotique ?

En laissant bébé trouver le sein tout seul, le plus tôt possible, vous mettez toutes les chances de votre côté pour une bonne mise en place de l’allaitement.

Ne pas avoir assez de lait, c’est très (très) rare et c’est pathologique

Je sais que c’est une des phrases que vous avez entendu tellement souvent, de la part de votre entourage ou du corps médical, que vous n’êtes pas surprise vous même de constater que « vous n’avez pas assez de lait ».
En réalité, seulement 1 à 5% des femmes peuvent ne pas produire (assez) de lait. Les causes sont physiologiques : glande mammaire non développée, canal lactifère sectionné (chirurgie), trouble hormonal très rare.
La plupart des femmes, quasiment toutes, peuvent produire du lait. Si vous constatez que vous n’en avez pas assez, il peut y avoir plusieurs pistes à explorer, et quelques conseils à appliquer:

Mettre bébé au sein le plus souvent possible, surtout après la naissance, dès les premiers signes d’éveil, sans attendre qu’il ne se mette à pleurer. La montée de lait peut se faire le troisième, quatrième, cinquième jour de vie de votre bébé. Pas d’inquiétude : pendant ce temps, le colostrum que vous produisez lui est largement suffisant.
Par la suite également : si bébé réclame, donnez lui. Peu importe si c’est la cinquième fois en une heure. On oublie complètement les recommandations type « toutes les 3 heures ». De plus, le sein n’est pas uniquement la réponse à la faim : c’est aussi un moyen de s’endormir, de se rassurer … Vous êtes là pour assouvir sa faim, mais aussi son besoin de succion, ce fameux besoin auquel on répond par la sucette pour les bébés au biberon. Pensez que si bébé est « livré » avec ce besoin de téter, c’est pour stimuler au maximum votre sein et lui garantir qu’il aura du lait. Lui donner une tétine trop tôt et/ou trop souvent peut compromettre l’allaitement : en plus de risquer une confusion sein/tétine, il peut passer son besoin de succion nécessaire à votre lactation sur la sucette et donc ne pas être au service de votre production de lait.

Vérifier la position de bébé : s’il est mal positionné, il peut ne pas stimuler suffisamment la lactation. Une mauvaise position s’accompagne souvent de douleurs (crevasses par exemple).

Regarder si bébé n’est pas en plein dans un pic de croissance : il existe la règle des 3-6-9-12 qui s’applique au nombre de jours, semaines et mois. A environ 3, 6, 9, 12 jours, 3, 6, 9, 12 semaines et 3, 6, 9, 12 mois, bébé connait des pics de croissance. Ce sont des moments assez éprouvants pour la maman allaitante (et les parents en général), car bébé dort moins, pleure davantage, et surtout, a besoin d’être presque constamment au sein. A ce moment là, il prend tellement de lait que quand on arrive à l’enlever du sein, on constate que rien ne coule : il est là le mythe du manque de lait ! En réalité, la succion extrême de votre bébé est là pour envoyer un message à votre corps, lui disant : ok, on passe à l’étape supérieure. Ces pics durent en général 2 à 3 jours, le temps que votre corps comprenne le message et change la composition de votre lait.
Pendant ces 48 à 72h, mettre bébé au sein le plus possible est primordial : si à ce moment là vous remplacez par un biberon de lait artificiel, la lactation risque de ne pas être assez stimulée, et donc de diminuer.

Ne pas se fier au volume de ses seins. Je sais que dit comme ça, c’est bizarre, et pourtant c’est vrai. Déjà, avant même d’avoir accouché, on s’imagine que les fortes poitrines produiront plus de lait, ce qui est totalement faux.
Mais après quelques temps d’allaitement, vers 3 à 5 mois, les seins se relâchent, s’habituent à ces montées de lait pour se coordonner avec les besoins de bébé. Ils ne sont plus – ou sont moins – tendus, durs et prêts à exploser (à moins d’attendre 24h sans tétées/tirage évidemment !). Ils sont plus mous, normaux en fait, et on s’imagine donc que le lait est moins présent. C’est simplement que le corps s’est habitué, et que le lait se fabrique en fonction de la demande. Pas d’inquiétude donc !

Du lait pas nourrissant, ça n’existe pas

Autre phrase très répandue et aimée par les médecins et les anciens : « ton lait n’est pas/plus assez nourrissant ». CA. N’EXISTE. PAS. C’est un mythe pour l’industrie du lait en poudre. Pas de doute à avoir, d’inquiétude inutile ou quoique ce soit, votre lait sera TOUJOURS nourrissant pour votre bébé.
On a vu plus haut que les pics de croissance sont là pour que votre lait soit toujours adapté en quantité et en composition à votre bébé. Le lait maternel, contrairement au lait industriel, change sa composition non seulement au fur et à mesure des mois de votre bébé, mais aussi au cours de la tétée. Au départ, il sera constitué d’eau et de sucre, puis progressivement s’ajouteront les protéines, vitamines, et à la toute fin de la tétée arrivent les lipides.

La question du lait « pas assez nourrissant » arrive souvent lorsque bébé ne prend pas assez de poids. Les causes peuvent être multiples, mais avant tout, attention à la courbe de référence : celle des carnets de santé se base sur la prise de poids d’un bébé nourri au lait industriel (plus gras, sucré) qui prend donc plus de poids, et plus vite qu’un bébé allaité au sein.
Un bon indicateur pour savoir si bébé prend bien le lait gras, c’est d’observer ses couches : si les selles sont vertes, il ne prend probablement pas (ou pas assez) ce fameux gras.
Parmi les causes possibles d’une trop faible prise de poids: bébé tète mal (mauvaise position), pas assez (peu de tétées par jour / les tétées sont limitées en nombre par la maman / il s’endort au sein), vous changez de sein trop vite (le gras de fin de tétée ne lui parvient pas), il a atteint un pallier que j’ai découvert récemment (autour de 5-6 mois), où son poids se stabilise avant de repartir à nouveau…

Les causes peuvent être nombreuses, mais en aucun cas votre lait n’est pas adapté à votre bébé ! Entourez vous dans ces cas là de professionnels compétents, et consultez par exemple une conseillère en lactation (voir le site de La Leche League).
Dans tous les cas, dites vous que le corps humain est merveilleusement bien fait : les nutriments essentiels iront en priorité à votre bébé, via votre lait, et vous prendrez ce qu’il reste. Ainsi, si vous n’avez pas une alimentation équilibrée, votre bébé aura ce dont il a besoin, et les carences seront pour vous !

Je sais que cet article risque de ne pas faire plaisir à certaines mamans, persuadées qu’elles ont arrêté car elles n’avaient « pas assez de lait » ou qu’il n’était « pas nourrissant », j’en suis désolée.
Un petit manque de motivation, pas assez de soutien (personnel ou professionnel), une mauvaise information, trop de fatigue… sont sûrement les vraies causes de votre arrêt de l’allaitement, et je le dis sans jugement – moi même je l’ai vécu pour ma fille.

On peut allaiter même en étant malade

On conseille malheureusement trop aux mamans d’arrêter l’allaitement lorsqu’elles sont malades. Il y a deux cas :
Lorsqu’on ne prend pas de médicaments : extrêmement peu de maladies nécessitent l’arrêt de l’allaitement. Lorsqu’on est malade, la période contagieuse a commencé avant même que les premiers symptômes n’apparaissent, ce qui veut dire que si bébé avait dû être malade également, il l’aurait été que vous allaitiez ou non. Le virus ne se transmet pas par le lait, mais par le contact (toucher, salive…). De plus, vous faites profiter bébé de tous vos anticorps pendant cette période. S’il est amené à être malade lui aussi, il le sera beaucoup moins que si vous aviez stoppé l’allaitement.
Lorsqu’on prend des médicaments : il convient bien sûr de préciser qu’on allaite, et de vérifier dans tous les cas que le traitement donné est compatible avec l’allaitement. Je vous conseille pour ça le site du CRAT il vous suffira de cliquer sur « médicaments » et d’entrer son nom.

Quelques conseils pour stimuler la lactation

La règle numéro 1, c’est de mettre bébé le plus possible au sein. Mais si ça ne suffit pas, quelques petites astuces peuvent vous aider à stimuler votre lactation.

Porter bébé : dans vos bras, avec un porte bébé ou mieux une écharpe de portage. Au delà de l’apaiser et de l’aider à trouver le sommeil, il retrouve (et vous aussi) les sensations de la grossesse en étant porté contre vous, tout près de votre odeur.

Faire du peau à peau : si en plus vous le cumulez avec le portage, c’est tout béent ! Niveau hormonal, le contact avec votre bébé vous aidera à libérer de l’ocytocine, l’une des deux hormones qui favorisent la production de lait.

– Pensez à prendre soin de vous : même si c’est difficile dans les premiers mois de bébé, pensez à vous ménager. Buvez beaucoup d’eau, faites attention à ne pas trop vous stresser, essayez de dormir quand vous le pouvez…

La pilule, et plus précisément les hormones qu’elle contient, peut faire baisser votre lactation. Vous pouvez demander à votre gynécologue/sage femme d’en changer si c’est le cas, ou de passer à un autre moyen de contraception.

Faites vérifier les freins (langue et bouche) de votre bébé. Parfois, ils sont un peu trop longs et empêchent bébé de biens téter, et donc de stimuler le sein correctement.

– N’écoutez pas (trop) les avis : le personnel médical n’est généralement pas très bien formé sur l’allaitement et les « anciens » aiment beaucoup donner leurs avis et conseils. La plupart du temps, ils ne sont malheureusement pas fondés « tu le mets ENCORE au sein ? », « attention ton lait n’est plus assez nourrissant »…
L’une des clés pour un allaitement réussi, c’est de se faire confiance. Oubliez ce cerveau intelligent qui vous anime et revenez à votre instinct animal. Bébé pleure : réconfortez le et mettez le au sein si besoin, vous sentez que tout va bien même si on vous dit le contraire ? Ecoutez vous.

 

Mon but, en écrivant cet article, n’est pas de convaincre les mamans d’allaiter : c’est une décision personnelle, et même s’il me parait évident que le lait maternel est ce qui convient le mieux à un bébé, la décision revient à chacune d’entre nous.
En revanche, pour toutes les mamans qui se posent des questions, qui voudraient mais ne sont pas sûres d’y arriver, qui doutent, à qui on a donné de mauvaises informations, j’espère leur apporter des réponses. Ne doutez pas : la nature est merveilleusement bien faite, et on a très souvent tendance à oublier que notre corps produit exactement ce qui est nécessaire à notre bébé. Il lui apporte bien sûr du lait, mais aussi la chaleur, l’odeur et la proximité de sa mère, qui sont les principaux besoins d’un bébé.

2 Commentaires

  1. Bonsoir!
    Cet article est génial! Je devais le dire! Alors merci!
    Je suis une maman qui a foiré son allaitement au bout de 3 mois et demis, gentil pic de croissance doublé de mauvais conseils d’une conseillère en lactation qui m’a répondu « désolée je pars en vacances, si vous êtes trop fatiguée donnez lui des biberons, on en reparle à mon retour dans 8 jours ».. Comment dire?! Je ne comprends pas qu’elle puisse être conseillère en lactation!!! Bon j’ai réussi 3 mois et demis, mais j’aurais voulu tellement plus!
    Maintenant je suis une maman ex-allaitante et pro allaitement. Quand bébé 2 viendra je me battrai pour mon allaitement, et aujourd’hui j’ai les connaissances qui vont m’y aider.
    Cependant j’ai quand même une question, dont personne n’a pu vraiment me répondre à l’époque où j’allaitais encore : quand change-t-on de sein? Mon fils du coup n’avait qu’un sein à chaque tétée parce que le changement de côté était (et est toujours) un grand mystère.
    Gros bisous!
    Annso

    1. Merci pour ce témoignage !
      En effet il n’y a pas de règle pour changer de sein… Je dirais qu’il vaut mieux que bébé passe « trop » de temps sur le même sein, pour être sûre qu’il prenne bien le gras de fin de tétée, plutôt que de changer de sein trop rapidement.
      Quand bébé semble s’énerver, peut être que ça peut être un signe qu’il ne reçoit plus (suffisamment) de lait, et donc changer de sein 🙂

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